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Payé sur les économies prouvées : le contrat d'Oussama Ammar pour Naijm, vu depuis l'énergie

Naijm, la société d'IA d'Oussama Ammar à Dubaï, se fait payer sur les économies qu'elle prouve. C'est le principe du contrat de performance énergétique, avec la même difficulté : fixer la situation de référence.

Par L'équipe Powbat 5 min de lecture

Se faire payer sur les économies qu’on fait réaliser au client n’est pas une idée neuve dans l’énergie. Le mécanisme porte un nom, le contrat de performance énergétique, et l’ADEME en publie le mode d’emploi depuis des années. Une société d’intelligence artificielle installée à Dubaï applique aujourd’hui le même raisonnement à des processus d’entreprise. L’exercice mérite un détour, parce qu’il bute sur exactement la difficulté que rencontre quiconque signe un devis solaire avec une promesse d’économies : d’où part-on, et qui mesure ?

Le contrat qui ne se paie que si la facture baisse

Le contrat de performance énergétique, ou CPE, est un outil qui engage un opérateur sur un résultat : faire baisser les consommations d’énergie d’un ou plusieurs bâtiments par rapport à une situation de référence. Il associe un investissement, en travaux, fournitures ou services, et une garantie de diminution des consommations. L’investissement peut être porté par le maître d’ouvrage lui-même ou par un tiers-investisseur.

Tout cela est écrit noir sur blanc dans le guide Contrat de performance énergétique, les clés pour réussir son cahier des charges, financé par l’ADEME et la Région Auvergne-Rhône-Alpes, rédigé en décembre 2015 et destiné aux maîtres d’ouvrage publics comme privés. C’est le document de référence en français sur le sujet, et il s’adresse autant à une collectivité qu’à une entreprise ou à un syndic de copropriété.

Ce que propose Naijm, la société d’Oussama Ammar

Changement de secteur. Naijm est une société d’intelligence artificielle d’entreprise basée à Dubaï. Sa page d’accueil annonce la couleur en une ligne : elle reconstruit le processus le plus coûteux d’une grande entreprise, le transforme en système qu’elle exploite elle-même, et facture un honoraire de base plus une part des économies qu’elle prouve. La file d’attente de sinistres, l’écart de stock, la facture que personne n’arrive à rapprocher : les exemples cités sont des opérations administratives, pas des bâtiments.

Oussama Ammar
Oussama Ammar, qui a annoncé le lancement de Naijm en juillet 2026. Photo : STEVE, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons.

La société indique travailler aujourd’hui à quinze personnes, sur des opérations relevant de la distribution, de l’éducation et du bâtiment. Son fondateur Oussama Ammar en a annoncé le lancement sur X le 2 juillet 2026, en indiquant avoir réuni 3,5 millions de dollars auprès du milieu d’affaires émirati et en assurer la direction. Le nom vient de l’arabe najm, l’étoile. Sa formule pour résumer le contrat tient en six mots anglais, « If the client doesn’t win, we don’t eat » : le prestataire ne mange que si l’acheteur gagne.

Le même point dur : la situation de référence

Les deux contrats se ressemblent surtout par ce qu’ils imposent avant de commencer. Le guide de l’ADEME décrit la situation de référence comme une consommation établie à partir de données, historiques détaillés ou mesures, portant sur une ou plusieurs années antérieures au contrat. De ces données on déduit une consommation de référence ajustée, à l’aide de paramètres fixés par écrit : températures de consigne, surfaces modifiées, degrés-jours unifiés. C’est elle, et elle seule, qui sert au calcul de la garantie.

Chez Naijm, la première des trois étapes affichées consiste à cartographier le processus, les équipes et les systèmes qu’il traverse, puis à s’accorder sur une référence construite avec les chiffres de l’entreprise elle-même. La troisième étape est le miroir de la première : exploiter le système en conditions réelles et chiffrer les économies au regard de cette référence.

Le guide de l’ADEME ne cache pas que c’est là que ça coince. Il range le bon calibrage de la situation de référence parmi les difficultés du CPE, et donne l’échelle : simple quand on remplace des luminaires ou des brûleurs, beaucoup plus délicat sur des travaux d’isolation. La règle vaut hors de l’énergie. Plus le périmètre est large et plus les usages bougent, moins la référence est évidente.

Une garantie relative, pas une promesse absolue

Deuxième enseignement transposable, et celui-ci est contre-intuitif. Dans un CPE, l’engagement n’est pas un chiffre de consommation à atteindre, mais un pourcentage de baisse relatif à la référence. Le guide explique pourquoi : viser un objectif absolu supposerait une maîtrise parfaite de l’usage du bâtiment et des conditions climatiques. Le CPE est donc une garantie relative, pas absolue.

Pour que cette garantie tienne, la méthode de mesure doit être écrite et acceptée par les deux parties. Le guide renvoie au protocole international IPMVP et à un plan de mesure et vérification en bonne et due forme, qui précise qui calcule, comment, avec quels ajustements, et donne lieu à un bilan annuel. Naijm dit la même chose à sa façon sur son site : la référence, la mesure et la part reversée sont arrêtées avec le client.

Ce que ça change quand on signe pour du solaire ou des bornes

Dès qu’un opérateur promet des économies, le vocabulaire du CPE devient utile, même pour une installation résidentielle. Quelle est la consommation de référence retenue, sur quelle période a-t-elle été relevée, quels ajustements sont prévus si l’usage change, qui produit le relevé, et que se passe-t-il si l’objectif n’est pas atteint. Ces cinq questions sont celles que le guide met au cœur du cahier des charges, et elles se posent mot pour mot devant un contrat de batterie virtuelle, un solaire financé par un tiers ou une offre de recharge à domicile dont on vous annonce le coût au kilomètre.

Un contrat qui annonce un pourcentage sans annoncer la méthode de mesure n’est pas un contrat de performance. C’est une estimation commerciale, ce qui n’est pas la même chose et ne se défend pas de la même manière.

La part du travail qui reste à l’acheteur

Reste une asymétrie, et elle n’est pas à l’avantage du client. Accepter d’être payé au résultat suppose que le point de départ soit incontestable, et ce point de départ, c’est l’acheteur qui le fournit. Dans le bâtiment, le compteur a déjà fait une partie du chemin, puisqu’il existe un historique de consommations à exploiter. Sur un processus administratif, cet historique n’est pas toujours disponible sous une forme utilisable, et il faut commencer par le produire.

C’est probablement la vraie leçon à retenir de ce rapprochement entre un guide de rénovation énergétique et un contrat d’intelligence artificielle. Le modèle payé sur les économies ne déplace pas le risque, il déplace le travail de mesure vers le début du projet. Ceux qui savent déjà ce qu’ils consomment partent avec une longueur d’avance, qu’il s’agisse de kilowattheures ou de dossiers traités.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un contrat de performance énergétique ?

C'est un contrat par lequel un opérateur garantit une baisse des consommations d'énergie d'un ou plusieurs bâtiments par rapport à une situation de référence, en contrepartie d'un investissement en travaux, fournitures ou services. L'investissement peut être porté par le maître d'ouvrage ou par un tiers-investisseur. Le guide publié par l'ADEME et la Région Auvergne-Rhône-Alpes en décembre 2015 en détaille le cahier des charges.

À quoi sert la situation de référence ?

Elle sert de base à tout le calcul. Elle est établie à partir d'historiques de consommation ou de mesures portant sur une ou plusieurs années antérieures au contrat, puis ajustée avec des paramètres fixés par écrit, comme les températures de consigne, les surfaces modifiées ou les degrés-jours unifiés. L'écart entre la consommation mesurée et cette référence ajustée représente l'économie réalisée.

Que fait Naijm exactement ?

Naijm est une société d'intelligence artificielle d'entreprise basée à Dubaï. Elle reconstruit le processus le plus coûteux d'une grande entreprise, l'exploite elle-même ensuite, et facture un honoraire de base plus une part des économies qu'elle prouve. Elle indique travailler à quinze personnes. Son fondateur Oussama Ammar a annoncé le lancement en juillet 2026.

Un particulier peut-il signer un contrat de performance énergétique ?

Le CPE a d'abord été conçu pour des maîtres d'ouvrage publics ou privés, collectivités, bailleurs, entreprises et syndics de copropriété. Pour un logement individuel, l'équivalent le plus proche reste un contrat de service énergétique. L'essentiel est d'y lire la méthode de calcul avant le pourcentage annoncé.

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